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Combattre le burn-out chez les professionnels de santé

L'hôpital va mal… et les soignants aussi. Le burn-out est devenu une réalité tristement fréquente : pour savoir quand lever le pied, il faut savoir l'identifier pour mieux le combattre.

Horaires, pressions budgétaires, frustration de chronométrer ses soins… Le personnel de l'hôpital est mis à l'épreuve constante du stress et des contraintes. Jusqu'à plier, quand les tensions sont trop fortes. Cette rupture, c'est le burn-out. Ce moment où se rendre dans son service est une angoisse et l'on se fait violence dans l'exercice de ce qui était, peut-être pas si longtemps auparavant, une vocation.
« Je n'avais plus envie d'aller bosser. J'avais la boule au ventre alors que ça ne m'était jamais arrivé. Je n'avais même plus envie de parler aux patients, je voulais juste faire mes heures et partir. C'était un poids qui allait me tomber sur la tête. », témoigne Laurène, ex-infirmière hospitalière. Le burn-out, elle ne l'a pas senti venir, malgré les signes. Elle témoigne pour AGEMS sur son burn-out et sa guérison.

Pourquoi le burn-out guette les soignants ?

En octobre 2020, une étude menée par l'Ordre national des infirmiers estime à 57 % le pourcentage de soignants en situation d'épuisement professionnel. Le manque de reconnaissance, d'espace de décision et la pression sont des causes majeures du burn-out. Le cas de Laurène y fait écho : « On fait un métier où on doit prendre soin de l'humain. Et quand nous, soignants, sommes traités comme des numéros interchangeables, c'est horrible. Quand on est soignant, on soigne avec ce qu'on est : mais au-dessus, ça tire de partout et on en vient à faire les choses d'une façon qui ne semble pas correcte, mais on n'a pas le choix, pour le chiffre et le rendement. »
Dans une atmosphère lourde de ressentiments face à des conditions de travail toujours plus difficiles et à l'épuisement professionnel, le burn-out n'est jamais très loin pour soi ou ses collègues, et la vigilance doit s'accroître.

S'inquiéter dès les premiers signes

Le manque de temps pour soi et le peu de prévention sur le burn-out empêchent souvent l’auto-diagnostic. Parfois même, le déni s'impose malgré les symptômes : « Je ressentais surtout une fatigue, pas tant physique que psychologique. J'en avais marre de tout gérer. Je dormais très mal, je faisais des cauchemars du boulot. Mais je ne pensais pas en être là. » Par manque de temps, parce que son entourage professionnel ne s'en rend pas compte non plus, Laurène pense à un « simple » surmenage.
Mais d'autres signes apparaissent : une remise en question de sa vocation, une « boule au ventre » permanente et, malgré une bonne ambiance avec ses collègues, l'envie de passer ses journées vite, très vite, « dans la pharmacie, sans voir personne. »

La combustion spontanée

« Quand je me suis arrêté tout a lâché. » : ce que résume Laurène, c'est l'essence même du burn-out : une rupture soudaine, après des semaines, des mois à encaisser.
Avec le recul, elle note les symptômes et leur apparition au fil des jours. Mais parce que les formations « bien-être » ne sont pas dispensées partout ni obligatoires, les soignants ne sont pas toujours capables, alors qu'ils peinent déjà à prendre soin des patients, de faire une pause pour prendre soin d'eux. Et alors, l'épuisement psychique est inévitable : quand le burn-out éclate, la bienveillance pour le malade est essentielle. La prise en charge médicale du soignant devenu patient doit être immédiate, via son médecin traitant et un psychiatre au moins.

Après l'avoir identifié, s'en sortir

Quand le burn-out est professionnel, il faut interroger le travail pour guérir. Avec le recul, Laurène estime que les formations bien-être devraient être dispensées à tous et qu'il faut mieux accompagner et préparer les jeunes soignants en début de carrière pour leur éviter l'épuisement. Mais surtout oser changer de service, de secteur… voire de métier, complètement.
Laurène, après plus d'un an d'arrêt, a quitté l'hôpital pour le libéral. Et elle y a retrouvé du sens : « Je revis d'avoir retrouvé les patients, le métier, de prendre le temps pour les gens. Je fais du psy autant que du soin. Pour moi, c'est l'idéal. » Et ces soins qu'elle dispense sont aussi ses soins à elle, pour parfaire une guérison lente mais bien effective.